Nagaland, Inde : “A Terrible Matriarchy”, “The Sky Husband” et “Son of the Thundercloud” par Easterine Kire et “Giants” par Huthuka Sumi

Il faut avoir l’œil averti pour trouver le Nagaland sur une carte de l’Inde. Au Nord-Est, dans cette partie du pays peu connue qui se trouve de l’autre côté du Bangladesh, tout près de la frontière birmane. L’avion qui nous amenait à Dimapur depuis Delhi avait longé les Himalaya, nous offrant, parmi d’autres, de très belles vues sur l’Everest. Avant l’atterrissage, les montagnes enneigées avaient fait place à des collines plus vertes et des rivières charriant des alluvions.

J’ai travaillé quelques jours à Dimapur, dans un hôtel où j’ai pu assister à des tournois de luttes naga ainsi que des démonstrations de danses traditionnelles, mais sinon, à part une promenade dans un village voisin et une visite d’un atelier de tissage, je n’ai, hélas, pas trop eu l’occasion d’explorer et d’en apprendre plus sur le pays et la culture des Nagas.

Mais la littérature est venue à mon secours. La réception de mon hôtel, ainsi que l’excellente librairie « The White Owl », à quelques pas, offraient un choix abondant et tentant de romans et nouvelles, écrits par des écrivains nagas. Easterine Kire, dont les œuvres ont reçu de nombreuses distinctions, est sans doute la plus célèbre. J’ai emporté trois de ses livres dans ma valise, que j’ai tous lus avec beaucoup de plaisir. Son œuvre n’est malheureusement pas disponible en français.

« A Terrible Matriarchy » est l’histoire de Lieno, une fille qui grandit chez sa grand-mère, non pas parce qu’elle n’a plus de parents, mais parce que l’aïeule a besoin d’être servie chez elle. Celle-ci est sévère et avare avec Lieno, tandis qu’elle accueille avec générosité ses quatre frères. Contre l’avis de la grand-mère qui maintient que les filles éduquées font de mauvaises épouses, Lieno convainc ses parents d’aller à l’école où elle excelle, et se fraie un chemin dans la vie au-delà de l’horizon auquel la tradition voulait la limiter. Malgré son titre un peu effrayant, c’est un roman, en partie autobiographique, plein d’émotion et de finesse dans lequel Easterine Kire fait parler son talent de conteuse. A travers l’histoire de Lieno et de sa famille, elle esquisse aussi en pointillé l’histoire du Nagaland, avec l’invasion japonaise pendant la seconde guerre mondiale, l’époque de la colonie britannique suivi des mouvements pour une indépendance Naga réprimés par le nouvel état indien.

« The Sky Husband » est un recueil de nouvelles, la plus récente publication d’Easterine Kire. Ce sont huit histoires d’amour, certaines touchant au fantastique, comme celle qui donne son titre au livre, d’autres ancrées dans l’histoire du Nagaland, comme celle entre une jeune fille Naga et un lieutenant japonais (Cherry Blossoms in April) ou celle de deux jeunes qui s’engagent dans les mouvements de résistance naga (The Tracker).

Dans « Son of the Thundercloud », Kire quitte les rives du réalisme pour emmener le lecteur dans un conte qui réunit les mythes traditionnels Nagas, un peuple qui vit en communion avec la nature, profitant de son abondance (la pluie qui vient après la sécheresse) et confronté à ses dangers (le tigre).

Grâce à « Giants », Huthukha Sumi, m’a permis de boucler cette découverte de la littérature naga. C’est un très beau roman d’apprentissage dans lequel, Kato, un jeune garçon fait la connaissance d’un bon géant, Kene, qui vient le chercher pendant certaines nuits pour parcourir les collines du Nagaland. Kato est émerveillé, mais la journée, il doit poursuivre sa vie dans son village, avec ses parents et son ami, Apu. Jusqu’à ce qu’un avion s’écrase dans le champ de ses parents et que des soldats japonais viennent dicter leur loi aux chefs du village.  

Commentaires fermés.