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Naples: Les Romans Napolitains/L’Amie Prodigieuse par Elena Ferrante
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Naples: Les Romans Napolitains/L’Amie Prodigieuse par Elena Ferrante

L’été dernier, j’ai publié un article sur Naples dans la rubrique « Idées bouquins etc… ». Si je le relis maintenant, je ne peux m’empêcher de le trouver un peu creux : beaucoup de références à des auteurs classiques comme Lamartine et Gauthier à une période où Naples faisait encore rêver, beaucoup de livres ou de films sur les îles et plages dans la baie de Naples qui font toujours rêver, telles Ischia et Capri. Mais il n’y avait pas de romans italiens dans mes suggestions. Et il faut bien dire que ça  fait longtemps que Naples elle-même ne fait plus rêver, surtout les Italiens.

Je pense m’être rattrapé en lisant ces derniers mois la série des « Romans Napolitains » d’Elena Ferrante. C’est une série de quatre romans dont deux tomes– « L’Amie Prodigieuse » et « Le Nouveau Nom » ont déjà été traduits en français. Les quatre volumes sont disponibles en anglais, langue dans laquelle je les ai lus. Un des aspects les plus commentés de cette série est le fait que l’auteur – qui se cache sous le pseudonyme d’Elena Ferrante – est demeurée complètement anonyme. Elle donne ses interviews par email, n’apparaît pas à la télévision. On sait juste qu’elle est une femme née à Naples. En Italie, les spéculations vont bon train : fait-elle partie du jury d’un prix littéraire pour lequel ses romans sont présélectionnés, quelle est la raison de cet anonymat ?

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Elena Ferrante précise qu’elle a choisi l’anonymat pour concentrer l’attention sur son œuvre et non sur sa personne. Suivons son conseil : les quatre romans napolitains sont un vrai chef-d’œuvre. Elena Greco et Lila Cerullo sont deux amies qui grandissent dans les années 50 dans un quartier pauvre de Naples. Elles sont les meilleures élèves de leur classe, mais seule Elena poursuivra ses études aux niveaux secondaire et universitaire. Lila épousera à 16 ans le fils d’un riche épicier du quartier. Au cours des quatre romans, on suit l’itinéraire des deux amies, leur complicité, mais aussi leur rivalité. Au fil des pages, le lecteur découvre leurs peurs d’enfance, leurs désirs d’adolescentes, il les voit confrontées à la violence de leurs maris, à l’infidélité conjugale, les suit dans les doutes et les crises de ces deux mères et jusqu’au seuil de la vieillesse.

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Naples joue un rôle central dans le récit. Et ce n’est pas le Naples des cartes postales. Un quartier pauvre avec une histoire marquée par les fractures politiques issues de la seconde guerre mondiale et la présence sournoise mais implacable de la Camorra incarnée par la famille Solara. Naples dont Elena veut s’enfuir grâce aux études et ensuite une brillante carrière littéraire qui la mèneront à Pise, Milan ou Gênes, tandis que Lila ne quittera jamais la ville et son quartier, y jetant les bases de florissantes entreprises. Ce quartier de Naples où Elena reviendra avec ses filles après avoir quitté son mari et échoué à s’établir avec son amant, Nino. Elle s’installera à l’étage au-dessus de celui de Lila.

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Les vies d’Elena et Lila épousent les soubresauts de l’histoire napolitaine et italienne : croissance économique, terrorisme rouge, tremblement de terre, lutte contre la mafia. Mais la force des romans d’Elena Ferrante, selon moi, réside ailleurs : dans sa capacité à user d’une langue et de dialogues sans artifices et issus du quotidien, de construire son récit au départ de deux vies relativement simples et de pourtant nous mener au fil des pages au cœur d’une histoire passionnante et haletante.

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Enfin, ce qui m’a le plus séduit dans ces quatre tomes, c’est de lire une œuvre où un point de vue, une voix de femme se dégage clairement. C’est peut-être dû à mes propres choix de lecture, mais j’ai rarement eu aussi fort cette impression d’entrer de plein pied dans une vision et une perception féminine. Peut-être en lisant Marguerite Duras ou Jane Austen. Mais pas avec une telle évidence. Elena Ferrante décrit les désirs et les culpabilités d’Elena et Lila, fait sentir comment elles perçoivent leurs corps, et raconte l’ambivalente amitié et rivalité qui les unissent, ambivalence cristallisée autour du personnage de Nino qui fut leur amant à toutes deux.  Ce fut pour moi une découverte fascinante.

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