Bienvenue sur Lectures de Voyage
Melbourne: La Gifle (The Slap) par Christos Tsiolkas
Idées Bouquins, etc…
Idées Bouquins, etc… : Washington, DC et New York
Idées Bouquins, etc…: Rome
Rio de Janeiro: Un été brésilien (Agosto) par Rubem Fonseca
Istanbul: Le Musée de l’Innocence par Ohran Pamuk
Liège: Pedigree par Georges Simenon
Idées Bouquins, etc…: Lisbonne
Idées Bouquins, etc… : Cambodge
Hyde Park, Chicago: Ravelstein par Saul Bellow
Paris: Fleurs de Ruine et Remise de Peine par Patrick Modiano
Idées Bouquins, etc… : Naples
Idées Bouquins, etc… : Tanzanie
Sri Lanka: Un air de famille (Running in the Family) par Michael Ondaatje
Idées Bouquins, etc… : Venise
Idées bouquins, etc… : Iran
Santa Cruz, Bolivie: Materia del Deseo (The Matter of Desire) par Edmundo Paz Soldán
Idées Bouquins, etc… : Syrie
Djibouti: Passage des Larmes par Abdourahman Waberi
Idées Bouquins, etc… : Arménie
Ouagadougou, Burkina Faso: Le Parachutage par Norbert Zongo
Bangkok: Café Lovely (Sightseeing) par Rattawut Lapcharoensap
Périgord: “The Caves of Périgord” par Martin Walker
Idées bouquins, etc… : Bruxelles
Naples: Les Romans Napolitains/L’Amie Prodigieuse par Elena Ferrante
Idées bouquins, etc… : Rio de Janeiro
Tadjikistan: Hurramabad par Andrei Volos
New-York: City on Fire par Garth Risk Hallberg
Israël/Palestine: Une Femme Fuyant l’Annonce par David Grossman et Chronique du Figuier Barbare par Sahar Khalifa
Barcelone: L’ombre du vent par Carlos Ruiz Zafón
Idées bouquins, etc… : Bavière et le sud de l’Allemagne
Le Cap: Scènes de la vie d’un jeune garçon, Vers l’âge d’homme et L’été de la vie par J.M. Coetzee.
Idées bouquins, etc…: Inde
Blue Ridge Mountains : Retour à Cold Mountain par Charles Frazier
Idées bouquins, etc… : Algérie
Alpes autrichiennes: Une vie entière (Ein ganzes Leben) par Robert Seethaler
Idées bouquins, etc… : Africains en Amérique
Zimbabwe: The Last Resort par Douglas Rogers.
Idées Bouquins, etc… : Colombie
Ardennes belges : Les amants de la Toussaint par Juan Gabriel Vásquez
Côte d’Ivoire : Aya de Yopougon par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Japon : Haruki Murakami et Amélie Nothomb
Metropolitan Museum of Art, New York : Le Chardonneret par Donna Tartt et La Corde et Le Reniement de Saint Pierre par Charles Baudelaire.
Idées Bouquins, etc… : Le Caire
Vancouver : Ce dont on se souvient (What is Remembered) par Alice Munro
Gand : Guerre et térébenthine par Stefan Hertmans
Haïti: L’odeur du café et Le goût des jeunes filles par Dany Laferrière  et Les Comédiens par Graham Greene
Islande: La cité des jarres par Arnaldur Indriðason
Sienne et la Toscane : Place de Sienne, côté ombre de Fruttero & Lucentini et Le patient anglais de Michael Ondaatje
Chine : Les Cygnes Sauvages (Wild Swans) par Jung Chang
Amsterdam : Miniaturiste par Jessie Burton

Gand : Guerre et térébenthine par Stefan Hertmans

Une de mes premières visites à Gand avait un objectif précis : j’avais demandé à ma mère de m’emmener voir la cathédrale Saint-Bavon pour découvrir le polyptique de l’Agneau Mystique peint par les frères van Eyck. J’avais 14 ou 15 ans et j’avais choisi ce chef d’œuvre de l’art primitif flamand comme sujet d’une présentation orale à l’école. Le retable était encore exposé dans une des chapelles de la cathédrale et pas encore dans l’ancien baptistère à la sécurité renforcée pour le protéger du vol. Je garde un merveilleux souvenir de cette visite. C’était sans doute une des premières fois que j’étais aussi attentif et curieux à l’histoire et aux détails d’une œuvre d’art.

« Guerre et térébenthine (Oorlog en terpentijn) » de Stefan Hertmans m’a rappelé avec délices cette association entre la peinture et Gand, cette superbe ville flamande au confluent de la Lys et de l’Escaut. Le livre, que je n’ai malheureusement pas lu dans le néerlandais original, a été directement inspiré par des carnets laissés par son grand-père à l’auteur. Il a attendu trente ans pour les ouvrir, mais le résultat est un splendide triptyque : une jeunesse pauvre avant 1914 dans un monde aujourd’hui disparu, la guerre et l’inanité de ses actes d’héroïsme, et enfin les longues années qui ont suivi, vécues dans la demi-teinte d’un amour inabouti.

L’arrière-grand-père de l’auteur, et le père du personnage central, était un peintre de fresques pour les bâtiments religieux qui parsemaient la ville. C’était un artisan appliqué et passionné qui mourut jeune, sans doute trop exposé au plomb présent dans ses couleurs. Nous sommes au début du XXème siècle, dans un environnement modeste, pieux et consciencieux. Le fils, Urbain Martien, aime accompagner son père dans les cloîtres et les réfectoires des couvents pour le voir peindre sur les échafaudages. Mais les bons pères ne paient pas grassement leurs artistes et Urbain doit quitter l’école trop tôt pour travailler. Il manque de perdre un pied dans une fonderie, fait quelques autres boulots, notamment chez un tailleur installé sur le Kouter, à côté de l’Hôtel Falligan, un très beau bâtiment rococo qui accueillait et accueille toujours la Société Royale Littéraire de Gand.

J’ai été invité à quelques soirées dans ce club où se retrouve la « bonne société » francophone de Gand et qui est connu dans le livre, et dans la ville en général, comme le « Club des Nobles ».  Un rappel discret qu’en Flandres, les vicissitudes de l’histoire d’une Belgique passant rapidement de l’Empire napoléonien au Royaume des Pays-Bas avant de se proclamer – en français d’abord – indépendante en 1830, ont mené à cette situation étrange qui reste au cœur du problème linguistique belge : pendant de trop longues années, les classes dominantes parlaient français tandis que le peuple s’exprimait en flamand.

Après ces différents emplois, Urbain s’inscrit à l’école militaire. Cette formation lui permettra d’emblée de prendre l’ascendant sur les autres conscrits lorsqu’éclate la première guerre mondiale et que l’Allemagne envahit la Belgique malgré sa neutralité. L’armée belge est mal préparée, et en dépit de quelques actions héroïques, elle doit rapidement se replier derrière l’Yser, pour de longues années de guerre de tranchées. Urbain Martien se conduit en héros : il se porte souvent volontaire avec son groupe. Blessé et décoré plusieurs fois, il est renvoyé au front après chaque convalescence dans les hôpitaux anglais. Peu à peu cependant, la boue, le froid, les conditions insalubres, les missions vaines, les morts inutiles et la morgue – exprimée en français- de certains officiers saperont l’enthousiasme de ce soldat modèle.

De retour des tranchées, il retrouve Gand, sa famille et sa mère. Il tombe aussi amoureux de la belle Maria-Emelia. Les familles se rapprochent, mais la grippe espagnole emporte la fiancée avant le mariage. Finalement, il épousera la sœur ainée, Gabrielle, dans une union de convention qui ne lui apportera pas le bonheur. Les souvenirs et les traumatismes de la guerre et cet amour avorté feront du grand-père de Stefan Hertmans un personnage taciturne qui se réfugie dans la peinture et se spécialise dans la copie des grands maîtres : L’Homme au Casque d’Or de Rembrandt ou la Vénus à son Miroir de Vélasquez. C’est bien des années plus tard que le petit-fils se rendra compte que le visage dans le miroir n’est pas une exacte copie du tableau de Vélasquez, mais bien une image de la femme qu’il a aimée et qui est disparue trop tôt.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*