Bienvenue sur Lectures de Voyage
Melbourne: La Gifle (The Slap) par Christos Tsiolkas
Idées Bouquins, etc…
Idées Bouquins, etc… : Washington, DC et New York
Idées Bouquins, etc…: Rome
Rio de Janeiro: Un été brésilien (Agosto) par Rubem Fonseca
Istanbul: Le Musée de l’Innocence par Ohran Pamuk
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Idées bouquins, etc… : Rio de Janeiro
Tadjikistan: Hurramabad par Andrei Volos
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Le Cap: Scènes de la vie d’un jeune garçon, Vers l’âge d’homme et L’été de la vie par J.M. Coetzee.
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Blue Ridge Mountains : Retour à Cold Mountain par Charles Frazier
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Idées bouquins, etc… : Africains en Amérique
Zimbabwe: The Last Resort par Douglas Rogers.
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Vancouver : Ce dont on se souvient (What is Remembered) par Alice Munro
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Haïti: L’odeur du café et Le goût des jeunes filles par Dany Laferrière  et Les Comédiens par Graham Greene
Islande: La cité des jarres par Arnaldur Indriðason
Sienne et la Toscane : Place de Sienne, côté ombre de Fruttero & Lucentini et Le patient anglais de Michael Ondaatje
Chine : Les Cygnes Sauvages (Wild Swans) par Jung Chang
Amsterdam : Miniaturiste par Jessie Burton

Chine : Les Cygnes Sauvages (Wild Swans) par Jung Chang

Chine : Les Cygnes Sauvages (Wild Swans) par Jung Chang

En 1993, je fis un passionnant voyage d’environ un mois et demi en Chine. Nous sommes rentrés dans le pays par l’ouest via la Karakorum Highway qui, en montant à plus de 5000m d’altitude, nous amena du Pakistan à Kashgar. Du Xinjiang, nous avons avancé à coup de très longs trajets en train ou bus au confort variable : Urumqi, Dunhuang, Lanzhou, Xian et finalement Pékin. Avant de filer via Shanghai vers le Guangxi et Yunnan au sud.  Pour un jeune étudiant européen, il était difficile d’imaginer un dépaysement plus total. Une succession de paysages fabuleux : un monastère tibétain au flanc de montagnes rondes et vertes, les déserts de l’oasis de Turfan, les promenades à vélo dans les rizières autour de Guilin. Nous avons arpenté le marché aux bestiaux de Kashgar et admiré ses montreurs de chevaux. Nous sommes tombés par hasard sur un opéra de rue à Lanzhou où des actrices ultra-maquillées se donnaient la réplique devant des passants hilares et des enfants émerveillés. Dans les rues escarpées de Lijiang, nous avons croisé les vieilles dames Naxi, un peu fripées sous leurs fardeaux, nous demandant si le fait de vivre dans une société matriarcale leur avait rendu l’existence plus heureuse.

Henri Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson

Nous avons été pris dans la foule des vélos s’agglutinant aux feux rouges à Pékin. Les voies latérales pour les vélos étaient très denses, tandis que seuls quelques taxis ou bus parcouraient le centre, plus large, des avenues. Je suis retourné à Pékin récemment : les embouteillages d’automobile sont légion et je ne suis pas sûr que je m’aventurerais à rouler en vélo. Mais il restait possible de retrouver l’ambiance des vieux quartiers de la ville – les hutong– en s’y logeant dans un hôtel traditionnel.

Henri Cartier-Bresson

« Les Cygnes Sauvages » (Wild Swans. Three Daughters of China) par Jung Chang a été publié en 1991, deux ans après les événements de la place Tienanmen. Je viens de terminer la lecture de ce livre écrit en anglais qui a connu un succès considérable. Je l’aurais volontiers lu lors de mon long périple chinois de 1993, mais j’ignore comment j’aurais fait pour le cacher dans mes bagages à la douane ou le lire dans le train : l’ouvrage a été censuré et demeure officiellement interdit en Chine, même s’il circule.

« Les Cygnes Sauvages » raconte l’histoire vraie de trois générations de femmes chinoises sur près d’un siècle : Yu-Fang, née en 1909 sous l’ancien régime, dont les pieds furent bandés pour la rendre plus attirante et qui devint la concubine d’un grand seigneur de la guerre en Mandchourie, avant d’épouser un médecin. Sa fille, Bao Qin, née en 1931 grandira sous l’occupation japonaise et deviendra militante communiste dès l’âge de 15 ans, choquée par la pauvreté abjecte dans laquelle les gens vivaient. Elle épousera un jeune cadre du parti au Sichuan où la famille s’établira. A l’enthousiasme révolutionnaire des premières années, succèdera le confort relatif d’un couple d’apparatchiks respectés et incorruptibles avant de faire place, pendant la Révolution Culturelle, aux désillusions et persécutions. Jung Chang, l’auteur, est leur petite fille et fille. Elle est adolescente au moment de la Révolution Culturelle : elle s’engage dans les Gardes Rouges, monte sur Pékin dans des wagons bondés pour se mêler aux proclamations de soutien au Président Mao. Elle est aussi envoyée, comme des milliers d’autres, pour être rééduquée en travaillant parmi les paysans dans les montagnes du Sichuan. Comme ses parents, elle se méfie peu à peu du culte de la personnalité qui entoure le « Grand Timonier ». Dans une ère où dominent la suspicion et les dénonciations, elle parvient néanmoins à obtenir une place, très convoitée, à l’université où elle apprendra l’anglais. Elle obtient une bourse pour étudier Londres où elle vit de nos jours.

Les parents de Jung Chang

Henri Cartier-Bresson

C’est un récit fascinant qui mêle l’histoire – souvent violente – d’un pays qui reste méconnu ou mal compris en Occident (difficile de comprendre comment toute une intelligentsia occidentale a pu se targuer d’être maoïste !), aux émotions et aspirations des membres d’une famille, avec leurs soucis quotidiens, les dynamiques de couple et des relations complexes entre générations. Une lecture que je conseille à tous ceux qui veulent comprendre en profondeur la Chine et son histoire récente. Et un exemple de ce que les récits personnels, quand ils sont écrits avec talent et le recul nécessaire, sont, en tous cas pour moi, une manière plus riche d’aborder l’histoire que les ouvrages d’historiens professionnels. Pour illustrer cet article, j’ai choisi des photos d’Henri Cartier-Bresson qui fut un témoin attentif aux hommes et aux femmes emportés dans ces grands basculements historiques qui ont secoué l’histoire chinoise et qui rythment aussi l’œuvre de Jung Chang.

Henri Cartier-Bresson

2 réflexions sur “Chine : Les Cygnes Sauvages (Wild Swans) par Jung Chang”

  1. La vidéo de 1992 est fascinante et renvoie au livre de Simon Leys de 1971.

    Nous sommes heureusement à l’abri des habits neufs du Président Di Rupo!

  2. Merci beaucoup. Je vais suivre la suggestion de lire le livre de Simon Leys : Les habits neufs du président Mao: chronique de la  » Révolution culturelle  » (Paris: Champ libre, 1971).
    Voici deux articles qui montrent combien Simon Leys était également tenu en très haute estime dans le monde anglo-saxon :
    http://www.nybooks.com/articles/2013/08/15/simon-leys-man-who-got-it-right/
    https://www.theguardian.com/world/2014/aug/28/pierre-ryckmans

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