Bahreïn: “La Cible de Téhéran (The Peacock and the Sparrow)” par I.S. Berry

Ces dernières années, j’ai eu l’occasion d’explorer par petites touches la Péninsule Arabique. Mon dernier voyage, il y a quelques mois, m’amena au bord du Golfe Persique, au Koweït et au Bahreïn. La guerre qui maintenant fait rage dans cette région du monde me fait mal, tant il est difficile d’en comprendre la raison. Je me rappelle aussi mon voyage en Iran, il y a maintenant plus de 30 ans, et me souviens avec émotion de la générosité et de la fierté de la population iranienne.

Je n’ai pas passé beaucoup plus de 24 heures au Bahreïn, et plutôt que les tours modernes du centre de Manama, j’ai essayé de découvrir les traces de ce que cette île était avant l’avènement du pétrole. J’ai visité le fort de Qal’at al-Bahreïn. J’ai ensuite suivi le parcours du patrimoine perlier, un musée en plein-air sur l’île de Muharraq. J’ai beaucoup aimé marcher dans ces quartiers anciens et modestes, loin du blingbling du centre-ville. Je suis rentré dans les anciennes demeures des marchands, ouvrant les portes des entrepôts, observant le matériel des pêcheurs et admirant les perles naturelles et les bijoux qui leurs servent d’écrin. En montant à l’étage de ces maisons blanches écrasées de soleil, on peut pénétrer dans les salles de réception, une pour les hommes et une autre pour les femmes. Des élégantes cheminées d’aération traditionnelles, appelées « barjeel », que j’avais déjà rencontré en Iran, y rafraichissait l’air en le faisant circuler, avant l’arrivée de l’air conditionné.

Quelques heures cherchant l’ombre dans les ruelles du quartier perlier de Bahreïn ont pu me faire oublier le pétrole et les crises géopolitiques qu’il suscite. Mais le roman que j’avais choisi pour accompagner ma visite m’y replongea sans détours. Le titre de la traduction française (à paraitre en mai 2026) du roman d’I.S. Berry « La Cible de Téhéran » est plus direct que le subtil « The Peacock and the Sparrow (Le Paon et le Moineau) » dans l’original anglais. La romancière est une ancienne analyste de la C.I.A. qui a travaillé en Irak et au Bahreïn. Son livre a été salué par la critique anglo-saxonne comme un tour de force débordant d’authenticité.

Shane Collins est un vétéran de l’agence de renseignements américaine. Bahreïn est son dernier poste avant la retraite. Il oublie les injonctions arrogantes de son chef de station, un gamin juste sorti d’une université de l’Ivy League, au comptoir des bars et dans le lit de femmes de militaires désœuvrées.

C’est l’époque du Printemps Arabe de 2011. La majorité chiite du royaume aimerait secouer le joug de la monarchie sunnite. Une bombe explose dans un des nouveaux quartiers branchés où dinent les expats. Shane active son informateur dans les réseaux chiites pour comprendre d’où vient la menace. Mais celui-ci est assassiné. Lors de la soirée d’ouverture du nouvel opéra national, il rencontre Almaysa, l’artiste qui a créé une des mosaïques ornant l’édifice. Il est fasciné par cette femme qui a étudié en Italie et porte l’abaya avec un charme troublant. Il lui rend visite dans son atelier et se fait happer dans un tourbillon où se mêlent amour, violence et trahison.

Statue de pêcheur de perle devant l’Opéra National

Le livre d’I.S. Berry est un roman d’espionnage ficelé avec brio. Il décrit aussi très bien les intérêts qui sont en jeu dans les pétro-monarchies du Golfe. Une excellente lecture donc pour un peu mieux comprendre la violence qui frappe cette région. Mais j’espère surtout que la paix y reviendra et qu’il sera à nouveau permis de se promener à la découverte de l’histoire des perles de Bahreïn.

2 réflexions sur “Bahreïn: “La Cible de Téhéran (The Peacock and the Sparrow)” par I.S. Berry”

  1. Merci de tes éclairages sur Bahrain, Damien. La description de tes flâneries et du livre donnent envie de lire et découvrir, spécialement avec le contexte (et chaos) géopolitique dans la région actuellement.