Nous arrivions de l’aéroport et avions indiqué sur Uber l’adresse de notre auberge à Olinda, l’ancienne capitale de l’état de Pernambuco. Nous avions traversé Recife, la nouvelle capitale, longeant la rivière Capibaribe avant de suivre la côte vers le Nord. Quittant la route côtière pour les rues étroites du centre-ville, notre voiture dut ralentir et puis s’arrêter. Un cortège de géants accompagnés de musiciens occupait la route, avançant sur des rythmes de samba, suivis d’une foule festive, dansant, un verre de caïpirinha ou de bière à la main. Nous étions le 15 novembre et Olinda célébrait la proclamation de la république brésilienne. Quelques minutes plus tard, nous déposions nos bagages dans notre chambre et rejoignions la fête. Cette arrivée nous rappelait qu’au Brésil la musique et la danse et se rencontrent souvent en tournant le coin de la rue. A la fin de la semaine, nous fêtions sur les mêmes pavés le jour de la conscience noire.

J’ai retrouvé les belles maisons anciennes aux couleurs éclatantes d’Olinda en regardant le film « Entre Irmas (Entre Sœurs) ». Ce long-métrage adapte le roman de l’auteure brésilienne Frances de Pontes Peebles écrit en anglais sous le titre « The Seamstress » et traduit en français comme « La Couturière ». Le roman commence dans les années 30 dans la petite ville de Taquaritinga, dans l’intérieur sec du Pernambuco, loin de l’océan, de Recife et d’Olinda. Frances de Pontes Peebles y a exploité la plantation de café familiale avant de se lancer dans l’écriture. Dans son livre, deux orphelines, Luiza et Emilia, travaillent avec leur tante comme apprenties couturières. Emilia dévore le magazine de mode « Froufrou » et rêve de salons parisiens, tandis que Luiza, qui a le bras déformé depuis qu’elle chuta d’un arbre, aime se promener dehors et libérer les oiseaux de leurs cages. Leur cliente principale est la femme du « colonel » local : un grand propriétaire terrien qui fait aussi la loi et dit la justice dans ces terres du Nordeste brésilien, isolées et oubliées par le pouvoir central.
Alors qu’elles sont encore adolescentes, la ville est attaquée par une bande de « Cangaceiros ». Ce sont des hors-la-loi qui pillent et n’hésitent pas à tuer, mais que le petit peuple local voit un peu comme des Robins des Bois parce qu’ils s’en prennent surtout aux colonels et font parfois profiter les pauvres de leurs rapines. Le chef des Cangaceiros, surnommé le faucon, réquisitionne les deux sœurs et leur tante pour leur tailler des habits neufs. En repartant, il ordonne à Luiza de se joindre à son groupe.

Sa sœur enlevée par les brigands et considérée comme perdue, Emilia se retrouve seule après la mort de sa tante. Mais, elle fait la connaissance de l’élégant Degas Duarte Coelho venu de Recife passer les vacances avec le fils du colonel, son ami à la faculté de droit. Degas propose le mariage à Emilia et la ramène à Recife auprès de sa famille.

Emilia apprend peu à peu et non sans difficultés les bonnes manières et les us et coutumes de la haute société de Recife. Mais elle s’étonne du peu d’entrain que montre son mari pour la retrouver dans sa chambre le soir. Elle essaie d’oublier ses déboires en se faisant un nom dans la mode.

Luiza, de son côté, s’est fait acceptée au sein de la bande des Cangaceiros. Elle devient la femme du Faucon, et après la mort de celui-ci, assume le commandement de son groupe. Les brigands s’opposent à l’arrivée du train dans le « Sertão » alors que le nouveau Président de la République brésilienne compte sur cette voie de transport pour développer et pacifier l’intérieur du Nordeste.

Quand elle tombe sur une pile de vieux journaux lors de ses raids, Luiza feuillette les pages mondaines pour suivre l’ascension de sa sœur dans les salons de Recife. Emilia, elle, voit le visage de sa sœur mis à prix dans les mêmes quotidiens. Elle craint d’être reconnue comme la sœur d’une cheffe de bande, mais, pourtant, quand on lui offre une opportunité de revoir Luiza, elle n’hésite pas.

J’ai beaucoup aimé ce roman construit comme deux écheveaux de fils qui se croisent, comme ceux des destins de Luiza et Emilia, ou comme ceux des riches villes de la côte, telles Recife et Olinda, sa superbe et festive voisine, et des terres arides de l’intérieur du Pernambuco.


