Mes derniers séjours au Mozambique ne sont plus si récents. J’ai pourtant fait plusieurs visites à Maputo, la capitale, au sud de ce long pays qui suit la côte de l’Océan Indien. J’ai aussi travaillé dans la province de Manica, beaucoup plus haut, proche de la frontière du Zimbabwe. Maputo est une grande ville portuaire, voisine de l’Afrique du Sud, très vivante, avec un flair latin dans ses musiques et dans sa cuisine. Chimoio, la capitale de Manica, est beaucoup plus calme, un centre commercial au milieu de larges savanes et forêts assez peu peuplées.

Cela m’a pris un peu de temps pour trouver des livres qui illustraient bien le Mozambique. J’ai été séduit par deux romans, chacun des deux écrits par une femme ayant vécu dans le pays. Ils peuvent servir, l’un de prélude, et l’autre de coda, à la longue période de guerre, d’abord coloniale et puis civile, qui déchira le pays.

J’ai commencé à lires les premières pages du « Rivage des Murmures (A Costas dos Murmúrios) » de l’auteure portugaise Lìdia Jorge pour mon cours de portugais. Je l’ai terminé dans sa traduction française et j’ai ensuite vu son adaptation au cinéma par Margarida Cardoso dans la version originale.
A l’inverse de la plupart des autres pays européens, le Portugal du régime de Salazar, n’a pas laissé ses colonies africaines accéder à l’indépendance au début des années 1960. Il s’est fourvoyé dans de longues guerres coloniales qui ne s’achèveront qu’après la Révolution des Œillets de 1974. De nombreux jeunes Portugais ont été amenés à se battre pour cet empire désuet. Lidia Jorge accompagna son mari, officier, au Mozambique, où elle enseigna le portugais.

Dans le roman, Eva est aussi une jeune femme qui vient de convoler et rejoint son époux, officier dans une des villes de la côte. Elle découvre d’abord les frivolités et l’ennui de cette vie de garnison, faite de réceptions en cercle fermé, de baignades sur la plage et de chasses en brousse. Mais Eva, attentive, observe ce monde qui se délite. Son mari n’est plus le professeur de mathématiques timide qui l’avait séduite au pays. Un matin des corps de Mozambicains sans vie s’échouent sur la plage la ville. Qui leur a fourni l’alcool frelaté qui les a empoisonnés ?

Nedjma Kacimi est une auteure franco-algérienne qui a habité quelques années au Mozambique. Dans « Destéria et les Démineurs », elle décrit un pays sorti de la guerre, mais dont les cicatrices ne sont pas encore refermées. Après de fortes pluies, les mines qu’on croyait disparues depuis des années refont surface, explosent et font de nombreuses victimes. Il faut rappeler et former des équipes de démineurs.

Mais, ces mines qui resurgissent sans crier gare, datent-elles vraiment de la guerre civile ? Ou bien servent-elles les desseins commerciaux d’anciens héros installés au pouvoir et devenus âpres au gain. Destéria, l’héroïne du roman, a connu la guerre et ses acteurs. Elle est respectée dans toute la ville qui semble vouloir lui prêter des pouvoirs de guérisseuse. Quand son fils Damasio se trouve malgré lui entraîné dans l’œil du cyclone, elle doit sortir de sa réserve pour démêler le vrai du faux pour faire s’arrêter les explosions.



