Ma semaine à la Barbade se divisa en deux parties. Je passai près de 24 heures à Bathsheba, une petite bourgade sur la côte atlantique. Je logeai dans un charmant hôtel qui avait été une gare sur la voie de chemin de fer traversant autrefois l’île d’ouest en est. Au lever du soleil, je partis me promener sur le chemin qui longe une côte sauvage où les vagues viennent fouetter les rochers. Je traversai des villages aux maisons de bois couleurs pastel. Hommes et animaux vaquaient à leurs premières activités avant que le soleil ne frappe trop fort. Je terminai mon parcours par une visite au superbe jardin botanique Andromeda.

Le reste de la semaine, je travaillai la journée sur le campus de l’University of the West Indies, mais je logeais dans un hôtel sans âme d’une chaine internationale au bord d’une plage non loin du centre de Bridgetown, la capitale. Bien sûr j’ai profité des matins pour aller nager dans les eaux paisibles et turquoises de la côte caraïbe. Je m’étais même équipé de mon masque et de mon tuba pour partir à la recherche des tortues. Mais je me rendis vite compte qu’il était plus facile de les voir dans la marina de Bridgetown, là où elles sont nourries depuis les bateaux embarquant les touristes.

Ce contraste entre la Barbade traditionnelle et celle du tourisme de masse, je l’ai retrouvé dans le roman de Glenville Lovell, « Song of Night », qui ne semble pas disponible en français. Cyan est surnommé « Night » parce que sa peau est très sombre. Elle est encore adolescente quand son père, qu’elle adore, est arrêté et puis pendu pour avoir tué un homme qui faisait des avances à sa femme, Obe. Night grandit dans le village de Bottom Rock. Elle doit naviguer entre les ragots de ses voisines bigotes, les humeurs de sa mère qui ne cesse de ramener des hommes abusifs à la maison, et les regards concupiscents des garçons et des hommes attirés par son jeune corps élancé.

Elle arpente les plages pour vendre des souvenirs aux touristes. Elle y rencontre un riche couple, lui un médecin local et elle, Koko, une noire américaine, qui l’engage comme employée domestique. Koko devient bientôt plus qu’une patronne, elle lui sert de mentor et l’encourage à créer des robes pour une boutique touristique. Mais avec le tourisme, vient la tentation de l’argent facile. Nombreux sont les hommes qui, le soir, dans les bars, paient à Night un verre de rhum et l’invitent à danser.

Night tombe enceinte. Va-t-elle avorter ? Ou bien laisser l’enfant à l’adoption d’une riche américaine, amie de Koko ?
« Song of Night » est un roman superbe qui, à travers le destin tragique de Cyan, décrit avec force et subtilité l’âme d’une île petite et splendide, tendue entre son histoire et sa culture et les richesses qu’amènent les flots touristiques.


