Mais où donc la Chartreuse de Parme se trouve-t-elle ? Il y a peu, j’étais à environ une heure de Parme et je décidai de prendre le train pour visiter la ville et sa Chartreuse, rendue célèbre par le roman de Stendhal. J’ai découvert les peintures du Corrège dans la Chambre de l’Abbesse (ou Camera di San Paolo), le Duomo roman et son Baptistère rose. J’ai trouvé une excellente gelateria et dégusté le jambon et le fromage qui font la renommée de cette ville phare de la gastronomie italienne. Mais la Chartreuse de Parme m’a donné du fil à retordre.

Sur la toile, les avis sont partagés. Deux couvents ou anciens monastères revendiquent le titre de « Chartreuse de Parme », tous les deux à l’extérieur de la ville. Je me suis rendu en bus à l’abbaye de Paradigna (ou de Valserena). La lumière rasante éclairait d’orange les briques d’une large et élégante église de structure gothique. Il se faisait tard et je n’ai pas pu pénétrer à l’intérieur. Cette abbaye jouerait volontiers le rôle de Chartreuse de Parme, mais elle a été fondée par les Cisterciens. Un complexe monastique a bien été fondé par les Chartreux à l’est de la ville, mais il abrite aujourd’hui l’école de formation de la police pénitencière et ne se visite pas.

Dans le roman de Stendhal, la Chartreuse de Parme, sauf sur la page de couverture, n’est pas facile à dénicher non plus. Elle n’est en fait mentionnée qu’à la toute fin du récit, au dernier chapitre. C’est là que Fabrice del Dongo se retire, après la mort de Clélia et de leur fils Sandrino. Et elle n’est pas la prison – appelée Tour Farnèse par Stendhal – dans laquelle Fabrice est détenu et communique par gestes avec Clélia, la fille du Général Conti, gouverneur de la prison, alors qu’elle sort nourrir ses oiseaux.

Le chef d’œuvre de Stendhal pourrait se résumer en ces quelques lignes : Fabrice, un jeune marchesino italien voudrait être un héros. Il débarque à Waterloo comme un touriste et y reçoit une légère blessure. Revenu en Italie, le jeune homme fait tourner la tête à toutes les femmes, et d’abord à sa tante, la belle Gina. Mais, lui, n’en est pas trop ému : « J’aime sans doute, comme j’ai bon appétit à six heures ! ». La carrière des armes lui étant fermée, il endosse l’habit ecclésiastique sans trop de conviction.

Tout change pourtant quand, à la suite d’une cabale compliquée à la cour du Duché de Parme, il se fait emprisonner à la Tour Farnèse. Le jeune homme désinvolte se transforme en amoureux passionné quand il aperçoit depuis les barreaux de sa geôle, la jeune Clélia Conti qui nourrit ses oiseaux.

La deuxième partie du roman suit cet amour passionné entre Fabrice et Clélia. Alors que les intrigues médiocres de la Cour du Duc de Parme semblent soudain sans importance, les deux amoureux doivent surmonter les obstacles que le destin s’est ingénié à placer devant eux. Fabrice, le protagoniste nonchalant de l’entame du livre, devient un héros de l’amour. Dans une ville de Parme inventée par Stendhal, le contraste et la transformation du récit d’un roman d’aventure en un roman d’amour en fait une des œuvres les plus modernes du XIXème siècle. L’ouvrage est devenu un classique enseigné dans les écoles. Mais grattez la poussière qui recouvre les livres que l’on vous imposait en classe de français. C’est en partant à la recherche d’une Chartreuse de Parme en apparence introuvable que j’ai eu le bonheur de me replonger dans ce livre brillant et surprenant, bref éblouissant.

Chambre de l’Abbesse

