Au fil du Nil : D’Agatha Christie à Naguib Mahfouz

« L’Egypte est un don du Nil ». Je me souviens de cette célèbre phrase d’Hérodote apprise lors de mes cours d’histoire. Elle m’est revenue en tête lors de mon récent voyage égyptien. D’abord, à peine débarqué à Assouan, en découvrant le temple de Philae depuis le bateau qui nous y emmenait. Ensuite à Abu Simbel, où j’observais, sur les bords du lac Nasser dans lequel le fleuve nourricier s’élargit, les couleurs du soleil couchant, et ensuite levant, faire rejaillir les statues géantes de Ramses II et Nefertari qui gardent l’entrée des sanctuaires.

De retour à Assouan, je passai une après-midi sur une felouque à caboter sur les rives du Nil. Avant de me promener sur l’île Eléphantine, mon guide me montra le « Old Cataract Hotel » qui surplombe les flots depuis une falaise de granit rose. Même si mon budget ne me permettait pas d’y loger, je ne pus m’empêcher d’y aller dîner sur la fameuse terrasse qui accueillit nombre de personnages illustres, rois et autres chefs d’état, ainsi qu’Agatha Christie.

« Mort sur le Nil », écrit en 1937, est un des romans les plus célèbres de la « Reine du crime ». Certaines scènes se passent dans le « Old Cataract Hotel ». D’autres, à Abu Simbel où un rocher se défait du sommet des temples et manque de peu d’écraser une riche héritière. Le reste du roman se déroule à bord d’un bateau qui navigue sur le fleuve. Les meurtres se suivent et Hercule Poirot, le détective belge, toujours sûr de lui, mène l’enquête. Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue, mais ce roman policier, offre aussi, dans l’atmosphère un peu surannée des voyages de luxe des années 30, une excellente mise en scène des grands monuments de l’antiquité égyptienne.  

Après une étape à Louxor, j’ai terminé mon voyage au Caire, une ville qui me fascine depuis longtemps. J’y avais trouvé un hôtel le long du Nil. De ma fenêtre, je profitais du ballet incessant des promeneurs, voitures et embarcations qui suivent ou traversent le fleuve. Je repérais aussi quelques bateaux amarrés aux rives. Sans doute semblables à celui à bord duquel Anis Zaki retrouve ses amis chaque soir. Dans le court roman, « Dérives sur le Nil », Naguib Mahfouz, le Prix Nobel de Littérature égyptien, nous invite à bord de ce bateau où un groupe de fonctionnaires et intellectuels de la bourgeoisie cairote des années 60 se réunissent pour passer la nuit. On y fume du kif, boit du whisky, et y invite des femmes qui aspirent à être modernes. Chaque soir, Anis joue au « maitre de cérémonies », mais les conversations, comme le récit, semblent tourner en rond, sans but. L’arrivée de Samara, une journaliste intriguée par ce manège, change l’équilibre au sein du groupe. Et une expédition nocturne vers les Pyramides de Gizeh vire au drame.

De l’enquête policière parfaitement ficelée d’Agatha Christie, au roman existentialiste assez déroutant de Naguib Mahfouz, une évidence s’impose : en Egypte, la littérature, comme la vie, demeure tributaire des flots du Nil.   

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