Je me souviens d’avoir vu « Autant en emporte le vent » à la télé. Nous étions adolescents et quand ce film était programmé par la TV belge, c’était presque un évènement. Nous en parlions le lendemain dans la cour de récré, fascinés par le contexte historique de la Guerre de Sécession aux États-Unis ou titillés par les amours rebelles de Scarlett O’Hara et Rhett Butler alors qu’Atlanta brûlait.
Depuis, j’avais un peu oublié ce film et je n’avais jamais lu le roman de Margaret Mitchell qui l’avait inspiré. Une récente visite à Atlanta avec mon fils Alex a ravivé mon intérêt. Nous avons découvert la maison de Margaret Mitchell dans le centre de la ville. En fait il s’agit plutôt d’un appartement au rez-de-chaussée, qu’elle appelait « le Dump », dans lequel elle vécut avec son mari et écrivit ce seul et unique roman qui l’a rendu célèbre. La maison a été transformée en musée qui raconte la vie de l’auteure, mais illustre et explique aussi les controverses qui entourent le livre et son adaptation au cinéma.

Car ce roman, qui gagne le Prix Pulitzer en 1937, s’il s’est vendu à des millions d’exemplaires et raconte une histoire d’amour passionnante, a aussi contribué à populariser la nostalgie du « Old South » : les belles plantations au bout d’allées d’arbres centenaires, les robes et les corsets somptueux, que des esclaves souriantes ajustent, avant que les débutantes ne descendent l’escalier d’honneur alors que résonnent les premières notes du bal donné en leur honneur. Cette visite m’a permis de mieux comprendre le contexte du roman, et la problématique qu’il suscite, tout en m’encourageant à le lire, ce que je fis avec beaucoup de plaisir.
Alex et moi avons ensuite continué notre parcours à Atlanta, visitant le quartier où vivait Martin Luther King, avec sa maison natale, le « King Center » et l’église baptiste Ebenezer dans laquelle prêcha le leader du mouvement américain des droits civiques et lauréat du Prix Nobel de la Paix.

J’ai aussi lu un très beau roman, « Un mariage américain (An American Marriage) » écrit par Tayari Jones, native d’Atlanta. Celestial et Roy viennent de se marier, sont heureux, et appartiennent à la classe-moyenne noire dans la grande métropole du Sud. Lors d’un voyage en Louisiane pour voir la famille de Roy, celui-ci est – à tort – accusé de viol. Il est condamné à 12 ans de prison. Celestial essaie, tant bien que mal, de s’accrocher à cet amour. Après cinq ans, cette condamnation est annulée et Roy revient à Atlanta. Un roman à la fois lumineux et triste, écrit avec grâce et générosité.




